Zum Fall ALI L´MRABET
Erster Artikel : Anekdotenmässig geschrieben!!!
leider nicht mit ende gut alles gut!!
Da DER „ALI nicht einkaufen geht!!
ALI wird gesperrt!!!
Zweiter Artikel: Der Witzprozess!!
wieder auf francais!!
Aber die „Marokkoliebhaber“ wenn sie kein marokkanisch und/ oder tamazight können meist doch französisch!!!!
Sara
Ali va au marche Quand j’étais gosse, je me souviens d’une jeune et belle institutrice qui nous apprenait le français en nous racontant des histoires dont le héros s’appelait Ali et à qui il arrivait plein de trucs que j’ai malheureusement oubliés. La seule dont je me souviens encore, c’est "Ali va au marché". L’institutrice nous avait raconté un jour cette histoire et à la fin, elle a fait le tour de la classe (nous étions à l’époque entre 40 et 50 dans la même salle) en posant à chacun de nous la même question : "Que fait donc Ali ?". Très consciencieux, et en élevant la voix pour montrer que nous étions fiers de connaître la réponse, nous clamions tous : "ALI VA AU MARCHÉ". Nous trouvions cette phrase si agréable à prononcer que plusieurs mois après, à chaque fois qu’un camarade en rencontrait un autre et qu’il lui disait : "Et Ali ?", l’autre gueulait "ALI VA AU MARCHÉ !". Bon, bon, d’accord, mais nous, ça nous faisait rire.
Point final pour les souvenirs.
D’ailleurs, je ne sais même pas pourquoi tout ça refait surface. Peut-être parce qu’un enfoiré a décidé de me saloper l’un des rares trucs qui faisaient mon bonheur (Disney Land, Mac-Do, Play Station et dessins animés étaient considérés à l’époque comme faisant partie d’une sixième langue étrangère) et qui accompagnaient ma croissance. L’enfoiré s’appelle justement Ali, mais depuis à peu près trois semaines, Ali ne va plus au marché. Le Ali que je connais a décidé de ne plus manger, ça fausse les aventures de Ali et mon histoire s’écroule. Autre chose qui s’écroule avec, ce sont mes habitudes du samedi matin. Figurez-vous que mon kiosquier (un type que je croyais sérieux jusqu’à il y a trois samedis) essaie de se mettre à l’humour. Dans la pile de journaux qu’il me prépare, il en manque deux, Demain et Doumane. Bon, la première fois c’est hilarant si on veut, la deuxième c’est nettement moins drôle, mais au bout de la troisième fois, ça devient franchement irritant. L’ennui, c’est que tous les kiosquiers se sont passé le mot pour devenir drôles en fin de semaine. "Demain" et "Doumane" ne sont plus en vente. Du coup, il y a de l’humour qui manque chez les marchands de journaux et c’est emmerdant de passer les week-end sans. "Ali ne va plus au marché" "Ali n’écrit plus". Ali commence à faire de nous des gens frustrés.
Le mercredi 21 mai, l’enfoiré a beaucoup de temps à tuer. Il n’a pas envie de se préparer un bon déjeuner et l’écriture ne lui dit toujours rien. Il quitte péniblement son bureau-chambre-à-coucher et sort faire une promenade. En passant devant le tribunal, le juge l’aperçoit et lui colle quatre années fermes. Comme on collerait trente ans à un poseur de bombes. Sauf que les bombes de Ali sont de marque "Bic" et que les dégâts qu’elles font se limitent à des sourires qui, parfois, peuvent aller jusqu’au fou rire. Mais Ali n’est pas à une aventure près, n’est-ce pas ? Il accepte ce que lui propose le juge et s’en va escorté par des agents qui ne s’appelleront jamais Ali. De toute façon il a du temps à tuer, Ali. En attendant que le temps le tue. Il ne sait pas contre qui il se bat, mais il sait que son adversaire est plus fort, beaucoup plus fort que lui. Mais ce n’est pas grave, ce ne sont que des histoires qui accompagnent la croissance et les aventures s’enrichissent. "Ali ne va plus au marché" "Ali n’écrit plus" "Ali va en prison". Je ne sais pas s’il le fait exprès, mais Ali m’énerve.
Dans sa cellule qu’il partage sûrement avec d’autres personnes, Ali essaie de trouver quelques centimètres carrés pour faire les cent pas. Bizarrement, le sourire ne le quitte plus. Dans sa tête, il écrit des dizaines d’articles. Dans sa tête, il imagine des centaines de dessins. Et puis, une fois que la faim, l’injustice et la fatigue l’épuisent, il s’assoit par terre et se dit : "Ils pensent qu’ils ont gagné et que je vais m’agenouiller, mais ils se trompent. ça ne fait que commencer et on verra bien qui de nous deux aura l’autre sur la conscience".
"Ali ne va plus au marché" "Ali n’écrit plus" "Ali va en prison" "Ali va mourir".
T’es chiant Ali, mais si tu crèves, je te cause plus.
Quelle:
http://www.telquel-online.com/tns.php?site=1&rub=read&pid=1560 victime collatérale : Du procès de la caricature à la caricature de procès 21 mai 2003, arrestation de Ali Lmrabet à Rabat
Ca y est, Demain et Doumane ne paraîtront plus. La justice en a décidé ainsi.
Du fond de la cellule dans laquelle cette même justice l’a envoyé, Ali Lmrabet continue à se battre avec la seule arme que personne ne pourra lui enlever, son corps. Ou peut-être si, mais il sera mort.
Déjà le 13 mai dernier, tout laissait croire que les dés étaient jetés et que l’issue du procès de Ali Lmrabet était connue d’avance. Ce jour là, alors que le juge n’avait pas encore prononcé son verdict, les policiers présents dans la salle d’audience avaient reçu l’ordre (en vertu de l’article 400 de la procédure pénale qui permet l’arrestation de l’inculpé au sein même du tribunal) d’empêcher Ali Lmrabet de quitter la salle. A la fin de l’audience, le juge avait remis le procès en délibération pour le 21 mai tout en refusant l’application de l’article en question. Malgré cela, Lmrabet fut arrêté pendant une vingtaine de minutes, le temps que ses avocats protestent auprès du procureur du roi et obtiennent enfin que leur client soit remis en liberté.
Mercredi 21, peu avant 9 heures. La salle d’audience n°1 du tribunal de première instance de Rabat est comble. Les journalistes présents ont l’air soucieux. Leur visage est grave et l’absence des plaisanteries d’usage se fait terriblement ressentir. Dans quelques minutes, un des leurs va être jugé et les sourires qu’ils échangent de temps à autre traduisent leur pressentiment : ce mercredi va sûrement être un jour sans. Dehors, les caméras des télévisions étrangères et le comité de soutien attendent.
Ali Lmrabet est entouré de Ahmed Benjelloun et de Abderrahim Jamaï, ses avocats. Il est à son quatorzième jour de grève de la faim, et les signes de faiblesse sont très visibles. Il a perdu plus d’une dizaine de kilos, ses traits sont tirés, son visage est blême, mais il tient encore debout. Lmrabet veut probablement montrer à ceux qui vont le juger que sa grève de la faim ne l’a pas encore affaibli, que le verdict ne le détruira pas et que, tant que ses droits les plus élémentaires ne seront plus assurés, il continuera son combat jusqu’au bout. Ce matin, Ali Lmrabet est peut-être la seule personne qui ne se fait plus d’illusions. A ses pieds, un sac de sport dans lequel il a mis les effets personnels qu’il compte emmener avec lui en prison.
La suite va aller très vite. Le juge fait son entrée. Il prend place, déclare l’audience ouverte et bombarde Lmrabet :
- Quatre ans de prison ferme avec effet immédiat (article 400 pour rappel) et la FIDH, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme estime dans un communiqué qu’il a été utilisé dans un cadre exceptionnel, ce qui illustre les moyens disproportionnés mis en œuvre par la justice marocaine pour réprimer le journaliste (Ali Lmrabet) et fait craindre une régression au niveau de libertés d’expression et de la presse…).
- Interdiction définitive des deux hebdomadaires Demain et Doumane.
- Une amende de 20.000 dirhams.
Le juge quitte la salle. Ceux qui restent n’en reviennent pas. Les journalistes ont l’impression que c’est contre chacun d’eux que ce verdict a été prononcé. Les avocats présents pour d’autres affaires que celle de Ali Lmrabet sont scandalisés. Il y a quelques jours, le pays avait été frappé de plein fouet par des attentats criminels et tout le monde se disait que le prix à payer était cher, trop cher, mais qu’au moins, ceux qui veillent à la sécurité des citoyens et aux valeurs de l’authenticité et de la civilisation du Maroc avaient fini par identifier les vrais ennemis du Maroc.
Dans la salle d’audience, la consternation est totale. Le nouveau code de la presse de la nouvelle ère vient d’avoir son premier martyr de la liberté d’expression. L’abattement va durer longtemps et ce n’est que beaucoup plus tard que la question de l’appel sera posée. Une question que Ali Lmrabet trouve déplacée vu qu’il préfère aller en prison, et continuer sa grève de la faim. Ahmed Benjelloun n’est pas si catégorique que cela mais il reste lucide : "Nous ferons peut-être appel, mais nous ne nous faisons aucune illusion sur la suite. Maintenant, la question que je me pose est simple : pourquoi personne ne prononce ce genre de verdict contre ceux qui le méritent vraiment ? Pourquoi ne poursuit-on pas jusqu’au bout ceux qui ont pillé le Maroc et qui constituent une vraie menace pour le pays" ?
Dans la conférence de presse hebdomadaire qui aura lieu quelques heures plus tard, Monsieur Nabil Benabdellah, ministre de la Communication et porte parole du gouvernement se prononcera sur le jugement de Ali Lmrabet et répétera à plusieurs reprises que personne n’est au dessus de la loi et que la loi est la même pour tous. A plusieurs reprises.
Ali Lmrabet est pris en charge par deux policiers en uniforme qui le font sortir par la porte réservée aux avocats et où une fourgonnette banalisée l’attend. Devant l’entré principale du tribunal de première instance de Rabat, les caméras de télévision recueillent les déclarations de ceux qui ont envie de parler. Et le courage de le faire.
Yassine Zizi / 23.05.2003
Quelle:
Telquel