Le soleil se couche sur Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. On entend les muezzins qui rappellent aux fidèles musulmans de se rendre à la mosquée.
C'est l'heure de la quatrième des cinq prières de la journée, celle du crépuscule, nommée maghrib en arabe. Siaka, Abdel, Hamed et Sandra-Kadidjah sont arrivés, dans leurs plus beaux atours.
Ces jeunes islamistes ne portent ni boubou, ni calotte, ni voile, mais bien un jeans assorti à une chemise à la mode.
Par respect, à la mort de son grand-père, Hervé a choisi l'islam. Depuis il porte aussi le prénom Abdel.
Son ami d'enfance, Hamed a épousé Sandra, une Juive américaine établie au Burkina depuis quatre ans et demi. Après avoir décidé de se convertir, elle a choisi Kadidjah comme nom. Tous sont amis avec Siaka, musulman de naissance. Ces jeunes sont issus de milieux différents, mais ont en commun le désir d'être de bonnes personnes et surtout de profiter de leur jeunesse.
Cette belle bande ressemble à la majorité des jeunes du Faso, ce pays de 11,9 millions d'habitants à 50% musulman.
Pour eux, pas de ramadan, ni de restrictions face aux relations sexuelles, ni à la Flag et aux Peter (bière et cigarettes locales populaires auprès des jeunes). Et pourquoi pas un peu de porc une fois de temps en temps? «Pourquoi se priver de ce qui est bon?» confie Siaka avec un clin d'oeil.
Ils avouent qu'ils ne sont pas de bons musulmans. Mais qu'est-ce qu'un bon musulman d'abord? «Quelqu'un qui prie, ne fait pas souffrir, pardonne et suit les règles du Coran» m'explique Hamed. Plusieurs lois sont prescrites par le Coran, entre autres, pour ne pas altérer ses esprits, ni poser d'acte qui ne nous détruise, on ne doit consommer ni alcool ni cigarette, les relations sexuelles hors du mariage sont proscrites, enfin, un bon musulman doit attester qu'il n'y a pas d'autre divinité qu'Allah, faire cinq prières par jour précédées d'ablutions, faire le jeûne du ramadan, offrir l'aumône et faire un pèlerinage à La Mecque.
Aucun de ces quatre jeunes dans la fin vingtaine ne suit ces règles établies au Ve siècle par le prophète Mohammed. Ils sont pourtant très fiers de leur religion.
Pourquoi ces écarts? «C'est difficile d'être un bon musulman, dit Hamed. Quand tu es jeune, tu n'as pas le temps d'adorer Dieu. Si tu as un rendez-vous à 13h30 pour le travail, tu ne vas pas annuler pour ta prière. Mais bientôt je vais recommencer», ajoute Siaka. Abdel rit. Courte discussion animée. «C'est vrai! Ça me manque. Quand je vois les jeunes qui prient, ça me plaît. Vendredi dernier, j'ai vu un jeune qui se rendait à la mosquée avec son tapis, je l'ai aimé.»
Tout le monde semble d'accord: plus tard, quand ils auront pris de l'âge ils seront plus sérieux.
Question d'interprétation
Siaka et Hamed ont tous deux fait l'école coranique. Cette formation est donnée (surtout aux garçons) pour apprendre l'arabe, l'histoire islamiste, le Coran et les préceptes d'Allah.
Ces connaissances permettront aux étudiants doués de devenir imam ou marabout, les représentants de l'autorité religieuse. Tous deux ont aussi abandonné après quelques années, jugeant cette formation trop exigeante, trop rigoureuse. Ils n'ont pourtant pas tourné le dos à l'islam, contrairement à plusieurs détracteurs de la medersa qui jugent certains maîtres abusifs.
Il y a deux ans, Hamed et Kadidjah ont convolé en justes noces. Même fraîchement convertie, celle-ci ne s'est pas présentée à la mosquée. Comme la tradition musulmane l'exige, ce sont les familles qui se rencontrent dans le lieu saint. Ce n'est que plus tard la même journée que l'homme se rendra chez sa nouvelle femme. L'épouse, quant à elle, s'est retrouvée entre femmes pour célébrer. C'est à ce moment qu'on l'a faite belle et que ses aînées lui ont parlé des «choses de la vie».
Cette Juive qui pratiquait bien peu a apprécié ce rituel féminin, elle qui n'aurait jamais cru épouser un musulman et encore moins se convertir à une religion qu'elle jugeait stricte.
Amoureuse et intriguée par les croyances d'Hamed, elle a décidé de lire, de s'informer, de comprendre. Elle a apprécié ses lectures «Ce ne sont pas les écritures qui sont misogynes, mais bien les interprétations». (Ses amis acquiescent.)
Pour Sandra, il était clair qu'elle devait être d'accord avec les principes musulmans «sinon ç'aurait été me marier dans l'hypocrisie». Pour Hamed qui a voyagé un peu partout en Occident, pas question d'imposer sa foi. Pourtant, il est heureux de partager sa religion avec sa douce et espère que ses enfants (à qui il laissera le choix) seront aussi musulmans.
Au-delà des guerres, ces quatre jeunes veulent à tout prix rêver de monde meilleur, de paix et... s'amuser! «Bon assez parlé sérieusement», dit Abdel qui, en levant son verre de bière pour trinquer, démontre une fois de plus un laisser-aller envers les lois islamistes. «Je ne suis pas un mauvais musulman, je suis un musulman moderne!»
wa lah 7awla wala 9ouwata ila billah ....
Peace Out
Rabie a suivre